Comment évaluer les produits verts

À notre époque où l’écoblanchiment est roi, des experts juridiques proposent des lignes directrices pour vérifier les prétentions des fabricants et protéger votre entreprise contre les poursuites judiciaires.

Katy Tomasulo

Las Vegas, 22 janvier – Le nombre de produits annoncés comme « verts » s’est multiplié à un rythme record au cours des dernières années. Certains de ces produits sont aussi écologiques que leurs fabricants le prétendent, mais d’autres frôlent « l’écoblanchiment ». Alors, comment les professionnels peuvent-ils s’assurer d’acheter des produits de construction « verts » à la hauteur des prétentions de leurs fabricants et aussi performants que les produits qu’ils remplacent? La solution demeure une bonne vieille recherche, selon un panel d’experts juridiques rassemblé dans le cadre d’un l’atelier portant sur la performance des produits de construction « verts » lors du salon international de la construction International Builders’ Show.

Les panélistes (Sheila Fix de Wood, Smith, Henning & Berman, LLP à Glendale, Californie; Loly Tor de K&L Gates à Newark, New Jersey; Peter E. Nelson de Simpson Gumpertz & Heger, inc./Consulting Engineers à Waltham, Massachusetts, et Patrick J. Perrone de K&L Gates, ont présenté un plan en trois volets pour l’analyse et la sélection des produits verts, et pour la protection de votre entreprise.

« Vous allez être inondés de publicité sur les produits verts, a déclaré le modérateur, Me Perrone. Vous devez vous doter d’une approche pour la sélection de ces produits. »

ÉVALUATION DES PRÉTENTIONS SUR LES PRODUITS

Partie 1 : Le produit remplira-t-il ses promesses?
La première étape consiste à déterminer si le produit vert va fonctionner comme promis et à savoir quels changements vous devrez apporter à vos méthodes d’installation pour vous adapter aux particularités du produit. « Pour éviter un problème de rendement, vous devez vous doter d’une approche pour éviter une défaillance du produit », a expliqué M. Nelson. Vous devez comprendre les subtiles différences particulières à l’installation du produit visé par rapport à celui qu’il remplace et savoir si des mesures différentes ou supplémentaires doivent être prises.

Pour déterminer le rendement d’un produit, posez les questions suivantes.

  • Qu’est-ce que ce produit est censé faire?
  • Comment ce produit vert fonctionne-t-il, comparativement à sa contrepartie traditionnelle?
  • Ce produit respecte-t-il les normes reconnues de l’industrie (p. ex. : codes du bâtiment), qui vous indiquent comment l’utiliser?
  • Le produit est-il certifié par un organisme tiers?
  • Peut-il être livré en grandes quantités, au moment opportun?
  • Combien de temps le produit durera-t-il? Demandez des données de test et envisagez d’effectuer vos propres tests reproduisant les conditions dans lesquelles vous allez utiliser le produit.
  • Est-il difficile de réparer le produit?
  • Y a-t-il des particularités dont vous devez tenir compte, en ce qui a trait à l’installation de ce produit? À titre d’exemple, les fenêtres efficaces peuvent être formidables, mais pas si vous ne les posez pas correctement.
  • Quelles sont les instructions d’entretien pour le maintien du rendement du produit à long terme?
  • Comment le produit fonctionnera-t-il dans un environnement humide, ou s’il est mouillé?
  • Quels seront les effets du produit sur la maison telle qu’elle est conçue?
  • Que connaît-on au sujet du rendement de ce produit jusqu’ici? Renseignez-vous au sujet des plaintes formulées au sujet de ce produit et discutez avec d’autres professionnels qui l’ont utilisé.

Tous les produits ne satisferont pas à tous les critères. L’essentiel est de soupeser l’ensemble des données et d’éviter les produits qui remplissent trop peu de critères, qui semblent risqués ou qui n’ont pas fait leurs preuves.

Partie 2 : Le produit est-il « vert »?
Comme dans la première partie, Me Tor recommande d’étudier les points suivants afin de déterminer si le produit est à la hauteur des prétentions écologiques entourant son marketing.

  • Demandez quels sont les effets du produit sur l’environnement. Analysez l’efficacité énergétique, le bilan carbone, la consommation d’eau, l’optimisation des matériaux et les aspects liés à la santé publique. Le bambou, par exemple, est rapidement renouvelable, mais doit être expédié sur de longues distances. Le bois croît beaucoup plus lentement, mais on peut souvent le récolter tout près.
  • Cherchez des normes écologiques applicables à la lumière desquelles vous pouvez comparer le produit. Vérifiez si le produit porte des « étiquettes vertes » telles que Greenguard, Greenspec, SFI, FSC, Energy Star ou autres validations par des organismes tiers. (Mais souvenez-vous que toutes les étiquettes ne s’équivalent pas. Cherchez à savoir si le produit est reconnu par des programmes qui analysent des critères précis, qui sont objectifs et fondés sur le consensus, et qui sont suffisamment stricts pour que seuls les meilleurs produits obtiennent leur homologation.)
  • Prenez garde à l’écoblanchiment. Faites preuve de prudence si le fabricant n’est pas en mesure de démontrer les prétentions écologiques du produit ou s’il se concentre sur un seul attribut. Accoler le mot « éco » à une marque ne la rend pas verte pour autant.
  • Demandez si une analyse du cycle de vie a été réalisée. Comparez l’analyse du cycle de vie du produit à celle d’autres produits similaires.
  • Consultez des bases de données fiables sur les produits écologiques, telles que celles de l’EPA, d’Éco Logo et de Green Seal.

Posez des questions et obtenez des données qui aideront à mieux évaluer chaque nouveau produit qui vous intéresse. « Il n’y a pas de formule magique, a affirmé Me Perrone. Ce que nous essayons de transmettre est une approche pratique et faisant appel au bon sens pour évaluer les produits sur le marché. »

Protégez Votre Entreprise

Une fois que vous avez déterminé qu’un produit est à la hauteur de ses prétentions écologiques et que son rendement correspondra à vos besoins, il est important de prendre des mesures pour limiter votre responsabilité. Mes Fix et Tor formulent les recommandations suivantes.

Points à aborder avec les fabricants avant la construction

  • Ne faites affaire qu’avec des compagnies réputées qui ont fait leurs preuves.
  • Obtenez une garantie prolongée et examinez-la attentivement. Demandez des garanties qui couvrent le remplacement ET le coût de remplacement (main-d’œuvre).
  • Évitez les garanties prévoyant trop de restrictions concernant les dommages ou des clauses limitant les recours.
  • Demandez l’autorisation de céder et de transmettre toutes les garanties à l’éventuel propriétaire de la maison. Cela est essentiel. Si la garantie ne peut être cédée, le propriétaire de la maison se tournera vers le constructeur pour obtenir réparation en cas de problème.
  • Demandez des garanties comportant des clauses sur la défense et l’indemnisation en cas de réclamations de tierces parties concernant des défectuosités.
  • Demandez une plus grande couverture d’assurance par la police du fabricant. Aussi, assurez-vous d’obtenir une copie de l’avenant et de l’attestation d’assurance.
  • Demandez si le fabricant fournit des instructions ou des formations sur l’installation adéquate de son produit.

Points à aborder avec les sous-traitants avant la construction

  • Demandez des garanties au sujet de la capacité des sous-traitants à installer adéquatement le produit écologique. Assurez-vous qu’ils connaissent bien le produit et maintenez un dialogue ouvert. Envisagez la possibilité de faire tester les assemblages par un tiers.
  • Demandez des références qui prouveront l’expérience préalable en ce qui a trait à l’installation de ce produit, puis vérifiez ces références.
  • Demandez des garanties comportant des clauses sur la défense et l’indemnisation en cas de réclamations de tierces parties à la suite d’une installation inadéquate.
  • Demandez une couverture d’assurance supplémentaire pour les problèmes d’installation qui causeraient des dommages aux « autres biens ». Obtenez une copie de l’avenant et de l’attestation d’assurance.

Points à aborder avec les propriétaires des maisons après la construction

  • Évitez les fausses déclarations et faites attention à ce que vous dites. Me Tor a formulé les recommandations suivantes.
    • Évitez de faire de vagues références à des vertus écologiques et sanitaires.
    • Évitez les prétentions exagérées ou non fondées.
    • Ne promettez pas d’économies d’énergie chiffrées.
    • Formez les employés, notamment les vendeurs, au sujet de ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas dire.
  • Consultez le site du Bureau de la concurrence du Canada (http://www.bureaudelaconcurrence.gc.ca/eic/site/cb-bc.nsf/fra/02701.html) pour connaître les lignes directrices sur ce que vous pouvez ou ne pouvez pas dire.
  • Laissez les autres parler pour vous. Pour vos maisons neuves, demandez des certifications d’organismes tiers : LEED pour les maisons, les lignes directrices de la NAHB en matière de construction de maisons écologiques modèles, Energy Star, etc.
  • Cédez les garanties des fabricants. Intégrez-les à votre offre clés en main. Dans le contrat, indiquez que vous transmettez les garanties à l’acheteur.
  • Définissez dans vos documents contractuels ce que vous entendez par « vert ».
  • Limitez votre responsabilité par contrat.
  • Fournissez aux acheteurs de la documentation sur l’entretien de leurs produits.

Reproduit de la revue ECOHOME, janvier 2009.